Le Liban, épicentre des convulsions du monde| Catherine Cattaruzza
Beit Beirut, Sodeco, Beyrouth
• 16 octobre – 29 novembre 2026 du mercredi au dimanche, de 12h à 20h – entrée libre et gratuite
• Vernissage : jeudi 15 octobre à 18h, avec une lecture de Ryoko Sekiguchi
L’exposition
Présentée dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026 et labellisée Bicentenaire de la Photographie par le ministère français de la Culture, « I am Folding the Land » est une installation photographique créée dans le cadre des Rencontres de la photographie d’Arles en 2022. À Beit Beirut, elle prend une résonance particulière : le Liban, où Catherine Cattaruzza a vécu l’essentiel de sa vie, est le territoire fondateur de son imaginaire.
Dans une salle obscure, dix-huit panneaux photographiques verticaux (260 × 65 cm), éclairés individuellement, composent un parcours que le public traverse librement. Leur disposition reprend le tracé des grandes failles sismiques du Liban. Le paysage devient le lieu d’une rencontre entre forces géologiques, mémoire collective et fractures politiques.
Une géologie du politique
Pour cette série, l’artiste a parcouru les trois grandes lignes de faille sismique du pays, appareil argentique en main. Les plis et ruptures du sol font écho aux divisions sociales, aux déplacements et aux bouleversements historiques. Sans réduire le paysage à une illustration de l’actualité, Catherine Cattaruzza en fait une matière vivante, stratifiée, où le visible dialogue avec les traces de l’invisible.
« Le Liban est le territoire de mon imaginaire. J’interroge ce paysage sur ce qu’il nous dit du monde, de la transformation du territoire physique et de la pensée qui lie le visible à l’invisible. » — Catherine Cattaruzza
1992 : le temps inscrit dans la pellicule
Les photographies ont été réalisées sur des pellicules argentiques périmées en 1992, année du retour de l’artiste au Liban après douze années d’absence. Cette date renvoie également à la période de recomposition politique et économique de l’après-guerre. Les réactions imprévisibles de la matière photographique — voiles, altérations, effacements — introduisent dans l’image une part d’incertitude. Le procédé lui-même devient une réflexion sur la fragilité des traces et la transformation des territoires.
Le retour de l’œuvre à Beyrouth
Après avoir quitté le Liban dans le contexte de la crise politico-économique, Catherine Cattaruzza présente aujourd’hui cette installation sur le territoire qui a façonné son regard. Ce retour donne une dimension intime aux thèmes de l’exil, de la disparition et de l’appartenance. À Beit Beirut, l’œuvre se lit autant comme une cartographie des failles que comme une interrogation sur la possibilité d’habiter un lieu en perpétuelle transformation.
Regards croisés : autour du livre
L’ouvrage qui accompagne l’exposition réunit notamment des textes de Ryoko Sekiguchi et de Jean-Michel Vecchiet. Dans « Ligne de fuite », Ryoko Sekiguchi rapproche les lignes de faille des frontières et des trajectoires de l’exil ; elle s’intéresse à la façon dont les pellicules périmées laissent apparaître plusieurs couches de temps. Dans « L’enfance de l’Art », Jean-Michel Vecchiet évoque les déplacements de l’artiste à travers les paysages libanais et sa manière de rendre perceptibles les mémoires enfouies dans le territoire.
À propos de Catherine Cattaruzza
Catherine Cattaruzza partage son temps entre la France et le Liban, où ses parents se sont installés en 1969 et où elle a vécu l’essentiel de sa vie. Son travail, à travers la photographie, le film et l’installation, interroge le territoire, la trace, l’identité et la mémoire, notamment dans les espaces marqués par les conflits et les frontières mouvantes.
En mars 1994, elle réalise dans le centre-ville de Beyrouth les installations éphémères No Man’s Land, parmi les premières interventions artistiques dans l’espace public de l’après-guerre. Sa série Liban-Israël, l’Infranchissable Frontière (2016) prolonge sa recherche sur les zones de conflit. En 2018, elle participe au Pavillon libanais de la 16e Biennale d’architecture de Venise et réalise Beneath My Skin, Home à l’Hôpital américain de Beyrouth. En 2019, elle présente I Can’t Recall the Edges à l’Institut du monde arabe à Paris.
En 2024, elle est lauréate de la résidence Elles & Cité, portée par le ministère français de la Culture et la Cité internationale des arts. En 2025, elle reçoit le Soutien à la photographie documentaire du Centre national des arts plastiques (Cnap) pour une recherche sur les liens entre conflit et environnement dans le Sud-Liban. En 2027, une résidence à l’ECPAD est prévue autour des archives de la présence française au sein de la FINUL.
Informations pratiques
I am Folding the Land (Je plie la terre) — Catherine Cattaruzza
Beit Beirut, Sodeco, Beyrouth | Du 16 octobre au 29 novembre 2026
Ouvert du mercredi au dimanche, de 12h à 20h – entrée libre et gratuite
Vernissage : jeudi 15 octobre 2026 à 18h, avec une lecture de Ryoko Sekiguchi
Installation : 18 panneaux photographiques verticaux de 260 × 65 cm
